Tradition de l'apéritif
Tradition et société
Retrouvez dans la magazine Largevision Découvertes n.58 : Lanzarote
90 % des Français prennent l’apéritif au moins une fois par semaine : moment convivial qui rythme les événements, petits ou grands, de la vie familiale et sociale.
Deux doigts d’apéritif : un pur moment de convivialité

Moment de convivialité en famille ou entre amis.
L’apéritif c’est la prière du soir des Français… Sur un ton humoristique qui en disait long, Paul Morand (grand diplomate et romancier) aimait résumer une vieille tradition hexagonale, équivalente au célèbre tea-time de nos amis anglais. Dans notre pays, cet apéritif est en effet un moment convivial qui rythme les évènements, petits ou grands, de la vie familiale et sociale.
Selon une enquête Sofres menée en janvier 2005, près de 90 % des Français le prennent au moins une fois par semaine, chiffre bien supérieur à la majorité des pays européens.
Ce sacro-saint rituel tire ses origines de la médecine médiévale. Jadis, il désignait « tout ce qui ouvre l’appétit », d’où son nom. Cet apéritif permettait de stimuler l’estomac avant le repas, mais aussi et surtout de soigner les troubles digestifs. C’était essentiellement un « remède préventif ».
L’hypocras était le grand apéritif du Moyen Âge. Sa recette consistait à piler de la cannelle, du gingembre, du clou de girofle et de la noix muscade. Cette poudre était mélangée à du miel et l’on faisait chauffer le tout dans du vin rouge.
Dans la droite ligne de l’hypocras, les premiers apéritifs commercialisés en bouteille dans l’hexagone ont des compositions voisines. Dubonnet en fait partie. Cette marque créée en 1845 est le fruit d’une alliance de vins du sud de la France, d’épices et de plantes aromatiques macérées. À sa naissance, cet apéritif au célèbre slogan (« Du bo, Du bon, Dubonnet ») est à visée thérapeutique, tout comme son concurrent Byrrh qui lui emboîte le pas. Cet héritage médicamenteux du Moyen Âge durera fort longtemps. Le Larousse ménager de 1926 ne recommande-t-il pas dans ses colonnes « Un bol de bouillon dégraissé pris une demi-heure avant le repas est un excellent apéritif.

Il excite les sécrétions salivaires et stomacales et favorise la production de pepsine dans le suc gastrique »… Aujourd’hui, il ferait déglutir plus d’un Français, lequel préfère prendre gosier avec une coupe de champagne, un pastis, un kir, un cidre, une liqueur à base de gentiane, un muscat, un porto, un vin blanc, une pression ou un jus de fruit !
Après la Deuxième Guerre mondiale, cette pratique de l’apéritif s’est étendue à toutes les couches de la population. De très nombreuses marques d’apéritif ont vu le jour, accompagnées de simples amuse-gueules ou des spécialités de chaque région (la tapenade par exemple dans le sud de la France).
De nos jours, on prend de moins en moins cette « mise en bouche » dans des lieux publics, tels les cafés et les restaurants dont le nombre est en diminution, mais davantage à la maison. Pour promouvoir cet art de vivre à la française, l’État organise depuis quelques années, dans de très nombreux pays, une grande opération intitulée « l’Apéritif à la française ». Ce rendez-vous annuel mondial, tous les premiers jeudis de juin, célèbre dans un esprit convivial la diversité de notre culture alimentaire.
Extrait de « Follement français » de Hubert Delobette © Le papillon rouge Éditeur